dimanche, mars 1, 2026
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    Les dossiers de GBD : Rolling Stones

    Voici 43 ans dans BEST, GBD faisait la révolution avec les Rolling Stones, aux Bains-Douches mais quand même chez les guérilleros à l’occasion du tournage de leur ambitieuse vidéo « Under Cover Of the Night ». La chanson-titre du 17ème LP du « plus grand groupe de rock du monde » était clippée par le fameux Julian Temple avec un ambitieux scénario où Mick Jagger était enlevé au Salvador par la guérilla marxiste. Et si le tournage devait effectivement se dérouler au Mexique, avant de s’envoler, le groupe tournait à Paris une version live du titre en public que le réalisateur de « The Great Rock And Roll Swindle » allait utiliser dans son montage, une occasion rare de lui tendre mon micro. Flashback…

    VIDEOSTONES

    Le secret avait été bien gardé : Julian Temple et les Stones étaient à Paris, pour le tournage du clip d’« Undercover Of the Night », title-track du nouvel album. C’était sans compter sans notre BEST contre-espionnage. A l’entrée des Bains-Douches, un cerbère moustachu masque la porte. Comme nous n’avions pas d’uniformes des employés du gaz, il lallait ruser. « Heu… nous bossons pour le club. » Hop et vite expédié. Sur la scène des Bains Douches, les Stones grillent doucement sous les projos. En attendant la prochaine prise ils bœuffent un peu dans tous les sens. Jagger s’est installé à la batterie pour un « Beast Of Burden » improvisé. Sous le maquillage et les rides, la légende continue à fasciner. Aux pieds de la scène, quelques kids figurants se balancent en mesure sans-jamais quitter Jagger des yeux. Julian Temple court pour stimuler son équipe. La caméra posée sur un rail est prête à démarrer. Clac ! claque le clap. Stones xième et que crachent les H.P. « Undercover » renoue avec l’énergie ; on est loin des babillages à la« Start Me Up ». Julian temple fait se lever tous les culs-posés. « You wanna dance with the Stores ?, lance-t-il, à la cantonade, en m’entrainant même dans !e champ de ses caméras. « Action ! Je veux voir tout le monde debout » exhorte le réalisateur. Rassurez-vous, le promo clip des Stones ne se borne pas à exhiber nos héros en live sur une scène. Temple a tout prévu : le rêve et l’exotisme, le speed et le suspense, même la révolution… Avec « Undercover » il invente le clip thriller. Les Trois Jours du Condor » ou « Marathon Man » en trois minutes. Ce soir, notre réalisateur sablera le champ’ avec les Stones dans un Boeing destination de l’Amérique. Mais anticipons un peu ce tournage au Mexique Julian Temple nous livre en exclusivité le script de cet « Undercover ». Extérieur nuit : Sheraton Hotel, San Salvador. Le Sheraton domine la ville et ses lumières. Autour de la piscine, on dive aux chandelles et le vin coule à flots dans les verres de cristal. Les serveurs habillés en cow-boys circulent au milieu de jolies filles. Cette routine luxueuse est brisée par une série d’images rapides tandis que les guitares attaquent. Dans le parking, des types portant des masques de carnaval grossiers se ruent hors d’une jeep Cherokee. Un homme au masque d’iguane tient un 45 mm automatique. Intérieur nuit : suite de Jagger Dans sa chambre, Mick se relaxe, face à la télé, après un gig. Derrière lui, une adorable indienne lit des comics mexicains, allongée sur une pile de coussins. Soudain, les portes volent en éclats. Coups de feu, les ampoules se brisent, la lumière de l’écran télé dévoile les hommes en armes. Ils enlèvent Jagger. Intérieur nuit une villa de la banlieue de LA. Zoom arrière la caméra recule. On s’aperçoit que les dernières scènes étaient diffusées par MTV. Nous sommes dans le salon confortable d’un home américain où deux teen-agers sont allongés sur la moquette. La fille est hypnotisée par l’écran tandis que le garçon à ses côtés est plus entreprenant. Sur l’écran, Keith, Charlie et les boys performent « Undercover ». Extérieur nuit – Sheraton Hotel, San Salvador Les figures masquées poussent Jagger dans la porte tournante de l’hôtel. On le hisse dans le Cherokee. Près de la piscine, un journaliste n’a rien perdu de la scène. Lorsque la caméra se rapproche sur lui, on reconnaît immédiatement les traits de Jagger qui joue les deux rôles

    SUPER-PRODUCTION

    Dans son blouson de cuir gris aux surpiqûres renaissance, Julian Temple me dévoile les secrets de son synopsis. Le clip alterne les séquences du San Salvador et celles de la villa californienne. Jagger-journaliste retrouve Mick et ses ravisseurs, mais ii se fait descendre. Too bad. Mick parvient à échapper à ses guérilleros. Les Stones chez les Tupamaros… Mais pourquoi avoir choisi les Bains Douches, Paris ? « Pour certaines scènes, les Stones devaient jouer en public », explique Temple, « or, ils ne peuvent pas séjournera trop longtemps en Grande-Bretagne sous peine de devenir des sujets fiscaux de la Couronne, ce qui n’arrange pas leurs affaires. Quant aux U.S.A., c’est aussi impossible à cause d’une histoire de drogue. Comme la moitié d’entre eux vit ici, c’était donc la solution la plus logique. En plus, j’adore la cuisine, alors ! »

    JULIAN TEMPLE

    Julian Temple a effectivement l’habitude de la France. Certaines scènes de son « The Great Rock And Roll Swindle » se déroulent même à Paris, sans compter les clips de Téléphone. À son actif, il y a aussi le pop promo de Culture Club, « Do You Really Want To Hurt me », les clips des Kinks, et quelques autres Mais à l’entendre, les Stones, c’est une autre histoire « Quand un Nick Heyward ( Haircut 100 : NDR) me téléphone, je dis tout de suite non », poursuit Julian Temple, «Au moins, avec les Stones, tu es sûr de toucher le public le plus large. Cette chanson, c’est du béton, pas de la soupe de tête de bique ( gag !). Pour une vidéo, c’est avant tout une superproduction ; nous partons tout à l’heure achever le tournage au Mexique » Enfin une pop-promo dramatique, mais après l’assassinat de Lennon, Julian ne craint-il pas de semer des idées dangereuses ?
    « Le danger, moi ca ne me fait pas peur Quant à Jagger, non seulement ça ne l’effraie pas, mais je crois même qu’il adore l’idée, sinon il ne l’aurait pas acceptée. Pour moi, ce clip sera une réussite. C’est mon meilleur scénario pour LE meilleur groupe. Car tous les clips, les miens comme les autres sont loin d’être des perles. La plupart d’entre eux sont filmés par les esclaves des maisons de disques, des lèche-culs a-créatifs Les oscars du clip ne sont-ils pas décernés par cette même industrie phonographique ? Ils les offrent à ceux qui vont les sucer dans leurs bureaux Regarde cette année, c’est « Rio » de Duran Duran qui ramasse le jackpot et c’est à chier C’est conçu comme une pub pour Bounty avec des cartes postales scotchées les unes aux autres. Ça me fait vomir, moi, j’appelle ça des «promosexuals »i tant elles contribuent à dénaturer le rock. Le rock est une attitude Désormais, elle est pourrie par tous ces clichés. Les héros à la guitare qui grattent leurs manches comme ils s’astiquent ont tous la tête vide. Lorsque tu remplaces ça par des conneries en 625 lignes où des nounours font de la musak dans un décor de caramel mou, c’est aussi stérile. Mais un bon clip avec la pèche, le feeling et l’imagination peut être dix fois plus rock qu’un troupeau de guitareux électriques. » Temple fustige les promosexuels du clip qui n’utilisent que des Anglais.À Paris justement, toute son équipe est française et il en sera de même au Mexique : halte à l’impérialisme vidéo. Sur les Stones, Temple ne gagnera pas un penny, c’est pour l’art ou pour le pied ? « Je ne veux pas faire de l’art », balance Temple, « je veux juste exposer des idées. Si tu poses ton cul en te disant. «voyons, comment faire de l’art ? » tu deviens un artiste. C’est ce qui s’est passé avec Johnny Rotten, un gâchis. ». Mick Jagger, le manteau jeté sur les épaules, la Jerry Hall à la main, salue Temple. Keith Richard porte un moutard dans un panier, mais il a l’air aussi allumé qu’un réverbère. Cette scène mineure de « Undercover Of the Night » aura fait voler le voile ; pour l’heure, les Stones et leur réalisateur vont camper chez les Tupamaros. Hasta luego compadres !

    Gérard Bar-David // gonzomusic.fr
    Paru dans BEST 185, décembre 1983 

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