Voici 43 ans dans BEST, GBD s’attaquait au 7ème LP de Jackson Browne, rencontré un an auparavant dans la clameur de son benefit contre la construction de la centrale atomique de Diablo Canyon et finalement interviewé quelques mois plus tard lors de son passage live à Paris. Véritable héros américain à l’instar de Springsteen, Dylan ou Petty, le natif de Heidelberg en Allemagne, où son père était alors stationné, livrait alors une critique féroce de la crise économique qui frappait alors son pays sous la présidence Reagan. Quatre décennies plus tard sous le règne de Trump 1er, son message résonne incroyablement prophétique

« Lawyers in Love »
Trois ans, trente-six mois et près de mille jours depuis « Hold Out » Jackson Browne, bouclé dans sa propriété de Santa Barbara, se complaisait dans l’art du mutisme. Browne, Brownie comme le dit si bien Dordor, sucré comme le gâteau mais aussi revendicatif qu’uri pelo-ton de manifestants anti-nucléaires. Ravivez votre mémoire et souvenez-vous de Diablo Canyon et des croi-sades successives ante-nues de Jack-son. Don Quichotte, d’un libéralis-me de gauche qui donne des insom-nies à Rormie douze mois avant les prochaines présidentielles. Preuve supplémentaire, ce « Lawyers in Love » et toute la dérision d’une classe politique qui songe plus à compter fleurette qu’à tirer le pays hors de la crise. Car, si l’am Doré continue à bronzer à l’huile de coco, dans les rues de LA, les compagnies mettent la clef sous la porte, tandis que s’organisent des soupes populai-res à deux pas d’Hollywood. Déci-dément, rien ne sera plus désormais comme avant. D’ailleurs, ce « La-wyers in Love » est loin de partager l’insouciante candeur des albums précédents de Jackson. L’an passé, lors de son concert parisien, j’avais pu ciécou.vrir trois des huit titres de cet album : « Tender is the night >> dans la veine « Hold on Hold out », « Knock on any door » plus proche de « Running on Empty » et le title-track, « Lawyers in love », au beat plutôt musclé. Seul élément de dé-ception dans cet album l’utilisation du synthé qui se plaque comme une barbe postiche sur la musique de Jackson. Dommage, car il perd là un peu de cette authenticité qui l’a tou-jours placé en marge de son milieu californien-planche à billets. Jack-son Browne n’est pas Eurythmies ou Q.M.D. et je ne crois pas que son style gagne à jouer au cross-over.
On remarque aussi un absent de marque aux crédits le touche à tout farfelu, David Lindley, qui se con-centre sur ses propres productions. Mais, malgré ces quelques réserves, Jackson reste incontestablement un des piliers du rêve américain version 80’s guitares en avant, piano juste mélo comme il faut et surtout sa voix qui plonge droit au cœur comme un poignard. Brownie is stil’ Brownie, moelleux, si riche en calories et d’une fraîcheur garantie, sans datelimite de vente. Jackson ne sacrifie pas l’énergie, bien au contraire, il la sublime.
Gérard Bar-David // gonzomusic.fr
Paru dans BEST 182, septembre 1983

